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Aux origines du noir et blanc
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Le portrait par Félix Nadar
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L'art du tirage par Gustave Le Gray
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Quelle est la relation entre le photographe et son tireur ?
Par Thomas Consani -
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Les marines de Le Gray
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Pourquoi avez-vous choisi le tirage argentique et en noir et blanc ?
Par Thomas Consani -
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Les contrastes du noir et du blanc
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Quel est votre processus de création en noir & blanc ?
Par Marie-Jésus Diaz -
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Le tirage photographique de La Jeune Fille à la fleur de Marc Riboud
Par Thomas Consani -
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Comment travaillez-vous avec le photographe ?
Par Thomas Consani -
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Pourquoi avoir choisi le noir & blanc dans votre création ?
Par Michel Séméniako -
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L’Ombre et la lumière
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Quelles sont les qualités premières d’un bon tireur ?
Par Thomas Consani -
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Entre noir et blanc : valeurs de gris
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Le tirage photographique de Telecaster de Dominique Tarlé
Par Thomas Consani -
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Pourquoi avoir choisi le noir & blanc dans votre création artistique ?
Par Marie-Jésus Diaz -
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Quels sont vos moyens de production ?
Par Michel Séméniako -
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Le noir et blanc dans les collections de la BnF
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Quels sont vos sujets de prédilection ?
Par Marie-Jésus Diaz -
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Poursuivez-vous dans la voie du noir & blanc ?
Par Michel Séméniako -
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Quel est selon vous l’avenir du tirage argentique ?
Par Thomas Consani
Les contrastes du noir et du blanc

Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York © Estate of Ray K. Metzker
Francfort
Élève d’Harry Callahan et d’Aaron Siskind à l’Institute of Design de Chicago, Metzker sublime les particularités formelles de cette école par une exceptionnelle maîtrise du noir et blanc : il excelle à styliser le réel en construisant ses images par opposition franche d’aplats sombres et clairs.
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York © Estate of Ray K. Metzker
Dès la fin du 19e et au long du 20e siècle, le noir profond des grains d'argent densifiés par le développement chimique ainsi que le blanc presque pur du papier industriel baryté dominent dans les pratiques : ils s'imposent alors comme les couleurs de la photographie.
Les avant-gardes des années 1920-1930 inventent avec ces outils des variations formelles jouant sur la franche juxtaposition du clair et du sombre.
À partir des années 1950, en réaction à l'essor des procédés couleur et à leur dispersion chromatique, le choix d'une opposition marquée du noir et du blanc s'assume toujours davantage. Cette esthétique du contraste se voit poussée à l'extrême dans les années 1970-1980.

Sans titre
Le noir et blanc prévaut dans les œuvres de Valérie Belin en ce qu’il lui permet de mettre en avant la dimension sculpturale et archétypale du sujet photographié.
Le contraste renforce la symétrie. On le note aussi plus loin dans la série des Mariées marocaines où les robes sont de véritables sculptures ouvragées et ciselées qui lissent les courbes naturelles des corps.
Valérie Belin © Adagp, Paris 2023
Valérie Belin © Adagp, Paris 2023

Chéa, Cambodge
Interrogeant la résilience de l’enfance face à l’histoire du génocide khmer, cette image en noir et blanc joue du flou pour évoquer avec poésie la mémoire mise à distance et un peuple « d’âmes errantes » selon les mots du cinéaste Rithy Panh.
© Laurence Leblanc, Saif, 2023
© Laurence Leblanc, Saif, 2023
En exploitant le simple antagonisme des valeurs, les photographes font apparaître nettement les contours de leur sujet. Ce graphisme épuré, percutant, exacerbe la perception du réel : placées sur un fond contrasté, les formes surgissent et s'imposent, noires sur blanc, blanches sur noir.
C'est aussi la rencontre fortuite de motifs aux tonalités opposées qui suscite la prise de vue : les photographes guettent et captent les contrastes du monde, à même d'être sublimés par le noir et blanc.
C’est tout particulièrement le cas pour les prises de vues de neige.
Page saturée de blanc offerte à l'empreinte, à la trace, au dessin contrasté des formes et des silhouettes, la neige est un décor de prédilection des photographes. La photographie de neige traverse tous les courants, approche humaniste, formelle ou encore documentaire. Sous son apparente simplicité cependant, c'est un motif extrême qui exige une solide technicité. La grande étendue de blanc modifie la balance habituelle des contrastes. Une luminosité excessive, jusqu'à l'éventuelle surexposition, efface les détails, la matière même de la neige, les aspérités qu'elle recouvre. La brume étouffe les couleurs naturelles, avec l'écueil d'une image grise manquant de contraste et passant à côté des effets lumineux. Les photographes doivent adapter leur savoir-faire pour restituer la poésie des instantanés d'hiver ou la majesté des espaces enneigés.

Neige fondant sur un rocher
© Koichiro Kurita
Johanna Breede PHOTOKUNST, Berlin et koichirokurita.com
© Koichiro Kurita
Johanna Breede PHOTOKUNST, Berlin et koichirokurita.com
Le noir et blanc permet par ailleurs aux photographes d’insister sur les effets graphiques dans leurs prises de vues.
En poussant les contrastes du noir et du blanc, les photographes révèlent les lignes de force et les stricts volumes qui structurent le réel et, tout particulièrement, les architectures de la modernité urbaine et industrielle. Certains vont jusqu'à les restituer sous la forme de tirages au trait, composés de pures formes sombres sur un fond clair dénué de toute demi-teinte.
Accentuée par les nettes oppositions de valeurs, la géométrie latente du monde s'agence et se livre à l'œil en aplats francs, en lignes appuyées et stylisées. Ce faisant, la photographie en noir et blanc joint les préoccupations de la sculpture aux influences de la peinture abstraite.
Par la suggestion des traces, des empreintes du réel, et par leur rendu tremblé, la photographie monochrome peut aussi faire émerger une graphie subtile, tirée des formes naturelles. Isolés de tout contexte, les minces contours photographiés rappellent un tracé de crayon ou de pointe sèche sur une page blanche. En traduisant le dessin du monde et le monde en dessin, la photographie s'affirme héritière des arts graphiques.

Hall
En tant que photographe, historien et défenseur actif d’une reconnaissance de la photographie d’auteur, Gautrand a été un fervent adepte du noir et blanc. Influencé par la Subjektive Fotografie, ce membre du club des 30x40 et du groupe Libre Expression a testé les possibilités graphiques de la monochromie, notamment dans sa série de tirages au trait sur les chantiers de Paris, Métalopolis.
© Jean-Claude Gautrand, Saif, 2023
© Jean-Claude Gautrand, Saif, 2023
Provenance
Cet article a été conçu dans le cadre de l'exposition « Noir & Blanc - Une esthétique de la photographie » présentée à la BnF du 17 octobre 2023 au 21 janvier 2024.
Lien permanent
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