-
Vidéo
La conquête des mers
-
Article
Contourner l'Afrique
-
Article
L’amiral de la mer océane
-
Article
La caravelle, vedette en haute mer
-
Article
De nouveaux instruments de navigation
-
Article
Le baptême de l’Amérique
-
Article
Le périple de Vasco de Gama
-
Vidéo
Quand l’Amérique apparaît sur les cartes…
-
Article
Le règne du secret
-
Article
La grande boucle de Magellan
-
Article
Les partages du monde
-
Article
L’Amérique de la Conquista
-
Article
Visions du Nouveau monde
-
Article
Le passage du Nord-Ouest
Le baptême de l’Amérique

© Bibliothèque nationale de France
La lettre de Colomb
Même si elle fut éclipsée, surtout dans les milieux lusitaniens, par l’ouverture de la route des Indes par Vasco de Gama, la nouvelle de la découverte par Christophe Colomb de terres inconnues se répandit comme une traînée de poudre. Les premiers informés, nous l’avons vu, avaient été, le 6 mars, les Portugais chez lesquels Colomb avait débarqué de la Niña démantelée par la tempête. Dès que l’Espagne fut au courant, des marchands italiens transmirent la nouvelle à leurs compatriotes restés au pays, tandis que circulaient des copies de la lettre que l’amiral avait rédigée pendant la tempête. Le pape en reçut une dès le 18 avril, comme les principales autorités italiennes, humanistes, universitaires, etc.
L’impression de la lettre fut encore plus rapide. La première édition sortit des presses à Barcelone le 1er avril, alors que Colomb n’était encore qu’à Séville où il montrait ses six Indiens en costume de cérémonie et des perroquets en cage. Une traduction latine agrémentée de quelques gloses fut imprimée au Vatican moins d’un mois plus tard et connut trois autres éditions avant la fin de l’année 1493 sous le titre De insulis inventis.

Globe terrestre dit « Globe vert » ou « de Quirini »
La fièvre des explorations gagne d’abord le Portugal. Bravant les terreurs de la zone torride, les marins lusitaniens passent le cap de Bojador en 1433, puis en 1488, ils réfutent la théorie d’un océan Indien fermé, en doublant le Cap de Bonne-Espérance. Deux hypothèses héritées de l’Antiquité, celle de la rotondité de la terre et celle erronée d’un continent eurasiatique occupant les deux tiers de la sphère terrestre, sont à l’origine de l’idée de Colomb : rejoindre l’Orient par la voie maritime de l’ouest.
Idée féconde qui lui fit découvrir, sans le savoir, un nouveau continent. Colomb accomplit quatre voyages entre 1492 et 1504, sans jamais douter qu’il ait rejoint l’Asie. Il toucha la terre américaine pour la première fois dans un îlot des Bahamas, le 12 octobre 1492, après avoir légèrement infléchi sa route vers le sud, attiré par des vols d’oiseaux qui étaient le signe de la proximité d’une terre. S’il avait continué sa course initiale, très rigoureusement plein ouest, il aurait abordé en Floride et les Espagnols auraient conquis l’Amérique du Nord. II toucha le continent sud-américain, au Venezuela, près de l’île de Trinidad, lors de son deuxième ou de son troisième voyage, mais entretint un certain mystère sur sa topographie car il avait, semble-t-il, repéré des gisements d’huîtres perlières qui l’intéressaient. Nous savons qu’il consignait au jour le jour ses itinéraires sur une carte et les communiquait éventuellement aux pilotes des navires qui l’accompagnaient. Aucun de ces documents n’a malheureusement été conservé.
Le résultat de ses découvertes est considérable. Il reconnut la plupart des Antilles, les Bahamas, Hispaniola (actuellement Haïti), la côte sud de Cuba, une partie de la côte du Venezuela et de celle de Panama. Soit un espace large de 3 000 kilomètres sur 500, dans des conditions d’une dureté inouïe que la navigation au large des côtes africaines, même dans les pires moments, n’avait jamais atteintes.
Colomb est entré à juste titre dans la légende. Mais il n’avait pas rencontré les terres idéales de ses rêves. Ses équipages exténués n’avaient retiré de ses expéditions que frustration et amertume. Ses compagnons l’avaient jalousé et s’étaient dressés contre lui. Il avait transformé les Indiens en esclaves brutalement pourchassés, ce qui lui fut beaucoup reproché. Ce nouveau monde qui n’avait encore ni nom ni carte, n’avait connu de la civilisation européenne que cupidité et violence.
Ce globe doit son nom à la couleur vert bleuté des océans. Mappemonde et globe désignent pour la première fois les nouvelles terres reconnues par Christophe Colomb sous le nom d’America, en hommage au voyageur vénitien Amerigo Vespucci (1454-1512). Celui-ci fut le premier à identifier les contrées récemment découvertes comme un nouveau continent, un Nouveau Monde.
Bibliothèque nationale de France
Bibliothèque nationale de France

L’arrivée de Christophe Colomb aux Antilles
Cette gravure malhabile accompagnait la lettre du navigateur publiée à son retour, en 1493.
© Bibliothèque nationale de France
© Bibliothèque nationale de France
À Paris, à Anvers et à Bâle, on distribua également d’autres éditions vendues dans toute l’Europe. Ce n’était encore qu’une modeste brochure de quatre pages, mais un poète romain se chargea, dès juin 1493, de la transformer en un texte en italien de plus de cinq cents vers. La lettre de Colomb, en même temps qu’elle acquit une très large audience, prit ainsi place aussitôt parmi les grandes œuvres de la littérature épique.
Les terres découvertes étaient naturellement encore considérées comme asiatiques. Aux prix d’acrobaties intellectuelles, Colomb s’était efforcé de faire coïncider la topographie des Antilles avec la description de Marco Polo de la Chine et du Japon. Comme pour renforcer sa certitude mal établie, il avait fait jurer par ses marins, devant le notaire du bord, que la côte de Cuba – encore incomplètement reconnue – était bien celle du continent recherché. Dans un certain nombre de cartes établies en Espagne et en Italie, cette affirmation continuera d’être présentée pendant une vingtaine d’années. Les nouvelles terres garderont encore plus longtemps le nom d’Indes occidentales, et les Indiens, ainsi nommés par Colomb, ne seront jamais débaptisés.
Très vite, cependant, cette conception se trouva battue en brèche. Dans une carte de 1500, conservée au Musée naval de Madrid, le pilote Juan de la Cosa, qui avait accompagné Colomb lors de ses deux premiers voyages, puis était retourné sur les lieux dans d’autres circonstances, décrit Cuba comme une île et abandonne toute référence à Marco Polo. Il place cependant sa carte sous l’invocation de saint Christophe dont l’effigie, allusion non voilée au navigateur, recouvre la partie centrale du nouveau continent. Si la postérité l’avait suivi, l’Amérique se serait peut-être appelée « Christophine » ou « Christophorine ». Par un curieux concours de circonstances, elle devait recevoir un autre nom.
Amerigo Vespucci
Le premier à parler d’un Nouveau Monde, en latin Mundus Novus, fut en effet Amerigo Vespucci, dans une lettre relation de voyage adressée à Laurent de Médicis et publiée en 1503. Né à Florence en 1451, il était arrivé à Séville en 1492 pour faire son apprentissage d’homme d’affaires. Il participa à quatre voyages outre Atlantique dont l’un au moins était entrepris pour le compte du roi de Portugal. Au cours du troisième voyage, il explora la côte est de l’Amérique du Sud à la recherche d’un passage pour les Indes et prit alors conscience de la masse infranchissable du nouveau continent.
Une deuxième relation, qui retraçait les « Quatre navigations » de Vespucci eut une audience plus grande encore. Le duc René Il de Lorraine la communiqua au cercle d’érudits qu’il entretenait dans la ville de Saint-Dié, alors haut lieu des sciences et des arts. Ce groupe, appelé Gymnase vosgien, était composé, entre autres, de l’actif chanoine Gauthier Lud, qui avait créé une imprimerie protégée et financée par le duc, d’un jeune helléniste et correcteur d’imprimerie Mathias Ringmann et de Martin Waldseemüller, imprimeur et cartographe originaire de Fribourg en Brisgau. C’est là que le petit groupe enthousiaste imprima, en 1507, une carte du monde et son commentaire, intitulé Cosmographie introductio, dans lesquels on suggérait de donner au Nouveau Monde le nom d’ « Amerige » puisque Amerigo l’avait « découvert ». À moins que l’on ne préférât celui d’ « America », à la consonance à la fois latine et féminine, assortie aux autres continents, Europa, Asia, Africa.

Poissons en haute mer
Un navire du 16e siècle et son équipage, impuissant contre les assauts d’une escadrille de poissons volants, tels que les imagine un graveur germanique chargé d’illustrer des récits de voyages.
© Bibliothèque nationale de France
© Bibliothèque nationale de France
La carte de Waldseemüller
La magnifique carte tracée par Waldseemüller pour la circonstance baptise ainsi pour la première fois du nom d’ « America » le continent sud-américain. Le nom lui resta, mais ne fut pas attribué tout de suite à l’ensemble du continent. Pendant plusieurs années encore, en effet, l’Amérique du Nord fut représentée sur les cartes comme un prolongement de l’Asie, l’Amérique du Sud restant seule une terre nouvelle. De cette carte, large de plus de deux mètres, il n’existe plus qu’un seul original, conservé dans une collection privée allemande. On sait pourtant qu’elle avait été imprimée au 16e siècle à un millier d’exemplaires et cette raréfaction nous fait toucher du doigt l’importance des destructions qui ont affecté la cartographie ancienne.
Peu d’années après, le même groupe de savants vosgiens publia une édition augmentée de la Géographie de Ptolémée à Strasbourg en 1513. Waldseemüller y ajouta une carte des « terres neuves » très détaillée pour une gravure sur bois. Elle est centrée sur les découvertes de Colomb auquel il consacre une petite légende. Le nom d’America, qui apparaissait plus au sud dans la carte de 1507 est donc ici invisible. Certains ont pensé que Waldseemüller voulait se faire pardonner d’avoir privé Colomb du bénéfice moral de sa découverte. Malgré ce louable effort, la postérité retiendra le nom d’Amerigo.

La Géographie de Ptolémée éditée et augmentée par Martin Waldseemuller
Cette carte de l’Amérique en cours de découverte dérive d’une carte marine. Elle fût ajoutée en 1513 à la Géographie de Ptolémée, publiée à Strasbourg par le géographe vosgien Martin Waldseemuller.
Bibliothèque nationale de France
Bibliothèque nationale de France

Planisphère
Membre du « gymnase » de Saint-Dié, l’auteur entreprit pour le duc René II de Lorraine une édition de la Géographie de Ptolémée modernisée à partir de cartes manuscrites récentes. Le modèle de la carte du monde est le planisphère de Nicolò de Caverio, dressé entre 1502 et 1506, dont Waldseemüller reprend l’Europe, l’Afrique, le Nouveau Monde et l’Inde, tout en restant fidèle à la mappemonde d’Henricus Martellus (1490) pour le reste de l’Asie.
© Bibliothèque nationale de France
© Bibliothèque nationale de France
Lien permanent
ark:/12148/mm2bznms743k