Hommage d’Édouard Ier d’Angleterre à Philippe le Bel en 1286







Le 5 juin 1286, Philippe IV, dit Philippe le Bel, reçut l'hommage du roi d'Angleterre. En illustrant cette rencontre qui met en scène les relations avec l’Angleterre, Fouquet s'attache à une question toujours brûlante au milieu du XVe siècle : Édouard II, roi d'Angleterre, à la mort de son père Édouard Ier, a épousé en janvier 1308 Isabelle, fille de Philippe le Bel. À la mort de ce dernier, son petit-fils, Édouard III, peut faire valoir ses droits à la couronne de France. Les prétentions d'un monarque étranger sont ici clairement contestées par Fouquet dans cette interprétation d'une rencontre datant du XIIIe siècle.
Cette enluminure extraite des Grandes Chroniques de France, illustrées par Fouquet, représente l'hommage d'Édouard Ier d'Angleterre à Philippe le Bel, roi de France. En 1286, Édouard Ier, fils du roi d'Angleterre Henri III, rend hommage, pour ses possessions en France, à Philippe le Bel qui a été proclamé roi de France l'année précédente. La scène n'est pas décrite dans les Grandes Chroniques mais brièvement consignée au chapitre I du livre de Philippe Le Bel. D'après un témoignage contemporain, la rencontre des deux monarques eut lieu dans une salle du Palais royal.
Édouard Ier, en rouge, agenouillé, est totalement cerné par les tentures bleues fleurdelisées aux armes du roi de France. Autour des souverains, divers personnages de la cour font cercle, conversant entre eux ou observant la scène, avec des jeux de physionomie extrêmement vivants.
Sur le fond d'azur plus ou moins soutenu pour marquer les lumières et les ombres, les couleurs, rose foncé, rouge, vert vif, vert-de-gris, blanc et noir, atteignent une prodigieuse intensité. Il s'en dégage une vigueur et une lumière, révélatrices, chez Fouquet, de l'influence des peintres toscans.
Mais cette influence, parfaitement assimilée, est maîtrisée par une sobriété qui augmente la force de la composition et apparaît comme une caractéristique de son génie français.
Hommage d’Édouard Ier d’Angleterre à Philippe le Bel en 1286
Hommage d’Édouard Ier à Philippe le Bel.
Le 5 juin 1286, Édouard Ier, fils du roi d’Angleterre Henri III, rend hommage au roi de France Philippe le Bel.
La scène a lieu dans une salle du palais royal en présence de la cour.
Grandes Chroniques de France enluminées par Jean Fouquet
Tours, vers 1455-1460
BnF, département des Manuscrits, Français 6465, fol. 30 v.
Les fleurs de lys
Au premier plan, un dais fleurdelisé; abrite le trône doré, où ; siège le roi. La pièce étroite et profonde est presque entièrement recouverte de tentures fleurdelisées. Ce semé de lys sans nombre (appelé «France ancien» en héraldique) fait partie des armes du roi de France et rappelle la dévotion du roi à la Vierge dont le lys est l’un des emblèmes. La face antérieure des poutres est également peinte aux armes de France.
Edouard 1er
Edouard Ier (1239-1307) est reconnaissable à son somptueux manteau écarlate, semé de léopards d’or et bordé de martre aux manches et à l’encolure. Fils d’Henri III, il entreprit la conquête du pays de Galles et renforça les pouvoirs de la couronne d’Angleterre. Il met un genou à terre aux pieds du roi et pose les mains sur le livre ouvert pour prononcer son serment ; il y exprime la volonté de devenir «l’homme» de son seigneur et lui prête ainsi hommage. Il lui jure fidélité.
La fenêtre
Au fond de la pièce, une fenêtre est ouverte sur un petit paysage qui s’y découpe dans la clarté blanche du ciel, à la manière des peintres flamands.
La cour
Divers personnages de la cour font cercle, chacun montrant une physionomie différente, les uns conversant entre eux, les autres s’observant.
Le roi de France
Pour recevoir le serment de son vassal, le roi de France Philippe le Bel (1268-1314) est revêtu d’un long manteau azur brodé de fleurs de lys or, la figure du roi faisant corps avec les emblèmes de la puissance. Il porte tous les insignes du pouvoir :
- la couronne ouverte ;
- la main de justice dans sa main gauche, symbole de son pouvoir judiciaire ;
- le sceptre surmonté d’une fleur de lys dans la main droite, symbole de son pouvoir exécutif.
Signe de pouvoir encore, un livre est ouvert sur ses genoux, sans doute la Bible et plus particulièrement les évangiles. L’enlumineur délivre ici un message clair : il représente la majesté, la grandeur insurpassable roi de France face au roi d’Angleterre.
Un ecclésiastique
Un ecclésiastique agenouillé semble reproduire le serment et le placer sous l’autorité de l’Eglise.