Salle de la Redoute à Vienne

« Je rêvais tristement à une de ces fêtes nocturnes (car les valses de Strauss, avec leurs ardentes mélodies qui ressemblent à des cris d'amour ont le don de m'attrister profondément), je rêvais, dis-je, pendant l'un de ces bals étincelants de radieux sourires, quand un petit homme d'une figure spirituelle, fendant la foule, s'approcha de moi ; c'était le lendemain d'un de mes concerts.
« Monsieur, me dit-il vivement, vous êtes Français, je suis Irlandais, il n'y a donc point d'amour-propre national dans mon suffrage, et (me saisissant la main gauche) je vous demande la permission de serrer la main qui a écrit la symphonie de Roméo. Vous comprenez Shakespeare !
– En ce cas, Monsieur, répliquai-je, vous vous trompez de main ; j'écris toujours avec celle-ci.
L'Irlandais, souriant, prit la main droite que je lui présentais, la secoua très cordialement et s' éloigna en disant :
– Oh ! les Français ! les Français ! il faut qu'ils se moquent de tout et de tous, même de leurs admirateurs !
Je n'ai jamais su quel était cet aimable insulaire qui prenait mes symphonies pour des filles de la main gauche. » (Mémoires)
Mots-clés
Bibliothèque nationale de France
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Date
1814
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Lieu
Autriche
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Description technique
Lithographie en couleurs
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Provenance
BnF, département des Estampes et de la Photographie, QD-3 (1814)-FOL
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Lien permanent
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