Les écritures indiennes : la notation des syllabes





L’emploi de l’écriture en Inde (exception faite de l’écriture de l’Indus au 3e millénaire) n’est attesté que de manière tardive, au 3e siècle av. J.-C. Il s’inscrit dans un contexte religieux où la parole est fortement valorisée, mais qui n’exclut pas pour autant la performance calligraphique. La fidélité de cette écriture envers la parole la rapprocherait de l’alphabet grec. Elle s’en distingue pourtant par son souci de réalisme phonétique et son insistance sur le syllabisme. Là où les Grecs arrivent à une décomposition « atomique » de la langue en consonnes et voyelles, les Indiens distinguent eux aussi voyelles et consonnes, mais ils considèrent le plus souvent la consonne avec une vocalisation, l’unité de base étant la syllabe.
Recueil de brefs textes bouddhiques
Les écritures indiennes se fondent sur une analyse de chacun des sons de la langue, accomplie notamment à la suite du grammairien Panini (4e siècle av. J.-C.) par des lettrés soucieux d'assurer la mémoire des textes religieux, certainement les premiers phonéticiens de l'histoire. Pour eux, la plus petite unité sécable de la langue est la syllabe ou aksara, qui signifie « indestructible ». Elle est représentée par un seul groupe graphique où la consonne fait corps avec la voyelle qui suit.
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Monnaie kharosthî
Diverses écritures ont servi à noter le sanscrit, langue « parfaite », langue de la Révélation : la kharoshti et la brahmi (autour du 3e siècle av. J.-C.). Utilisée pendant six siècles en Inde, la kharoshti emprunte certaines de ses graphies à l'écriture araméenne et, comme elle, s'écrit de droite à gauche. Cette écriture a disparu de l'Inde vers le 3e siècle apr. J.-C.
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Bhagavatapurana
La brahmi, dont une tradition attribue la création à la divinité Brahma, pourrait bien avoir inspiré la kharoshti. Elle est parfaitement adaptée à la phonologie des langues indiennes, distingue les vocalisations longues des brèves et possède un caractère spécial pour chaque voyelle isolée, considérée alors comme une syllabe. Elle s'écrit de gauche à droite. C'est d'elle que dérivent toutes les autres écritures indiennes, en Inde et au-delà du sous-continent indien.
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Stutikusumâñjali par Jagaddhara Bhatta
Après la brahmi, la grande écriture indienne est celle dite gupta, du nom de la dynastie gupta (4e siècle-début du 6e siècle) qui s'est répandue dans le nord de l'Inde. À partir du 7e siècle est apparue l'écriture indienne la plus connue et surtout employée dans le nord de l'Inde, la nagari (la « citadine »), qui a pris diverses formes régionales.
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Kammavaca
Dans le sud de l'Inde, à partir de la brahmi, trois types se sont progressivement détachés : kannada, télougou et tamoul. Ces écritures du Sud, mais parfois aussi certaines du Nord, se sont répandues à partir des IIe-IIIe siècles en Asie du Sud-Est, y inspirant des styles régionaux particuliers : dans le pays Cham (une partie de l'actuel Vietnam), au Cambodge, en Thaïlande, en Birmanie ainsi que dans l'actuelle Indonésie.
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