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Jikji : le plus ancien livre typographique connu

Bibliothèque nationale de France
Le Jikji, édition typographique de 1377
Patriarches de l’Inde
29 : Stance de Manorhita
Le vingt-deuxième patriarche, le vénérable Manorhita fit une stance :
L’esprit se meut en fonction de dix mille perceptions,
Ses mouvements sont vraiment obscurs.
Suivant ce flot, reconnaitre sa nature
Ne présente ni joie ni inquiétude.
30. Transmission du Dharma de Haklenayasas au vénérable Simha
[…]
Quand tu as reconnu la nature de l’esprit,
Tu peux prêcher l’inconcevable.
Tu saisis avec une netteté parfaite ce qui peut être obtenu,
Quand tu obtiens, ne dis donc pas que tu sais.
[…]
Extrait du Jikji, traduit par Yannick Bruneton, 2022
(autre page que celles présentées ici)
Bibliothèque nationale de France
L’origine de la compilation du Jikji

Arhan assis en céladon
Cette statuette a été déclarée Trésor national de Corée du Sud n°173, depuis 1974.
Patriarches et maîtres de Chine
41.4. Stances (4) du Sixième patriarche
La bodhi, à l’origine, n’est pas arbre,
Le miroir réfléchissant la lumière n’est pas non plus socle.
À l’origine, il n’est nulle chose :
Où la poussière se fixerait-elle ?
Il dit encore :
Dans la hauteur, ne pas pratiquer le bien ;
Dans la torpeur, ne pas faire le mal ;
Dans la tranquillité, couper vision et ouïe,
Dans l’immensité, l’esprit n’a nul attachement.
Il dit encore :
Huineng n’a pas de talent,
Il n’interrompt pas les cent pensées.
Face à un objet surgissent souvent les pensées,
La bodhi, comment grandirait-elle ?
Il dit encore :
Quand il y a pensée, pensée dévie.
Quand il n’y a pas pensée, elle est immédiatement juste.
Extrait du Jikji, traduit par Yannick Bruneton, 2022
© Cultural Heritage Administration
© Cultural Heritage Administration
Préface et postface de l’édition de 1378 du Jikji1 expliquent différemment l’origine de cette anthologie.
La préface du lettré Yi Saek fait référence à une étape décisive de l’itinéraire spirituel de Blanc-Nuage : son voyage d’étude dans la Chine des Yuan (1271-1368) entre 1351 et 1352, à l’âge de 53 ans, dans les actuelles provinces du Jiangshu et du Zhejiang. Ainsi, le Jikji aurait été établi sur la base d’un ouvrage chinois confié par le maître Chan de Paegun à son départ de Chine : Shiwu Qinggong (石屋淸珙, 1272-1352), descendant de la lignée de Linji.
La postface indique que la compilation aurait été demandée en 1372 par Pŏmnin (法厸), disciple de Blanc-Nuage, comme vade-mecum de propos les plus percutants de l’école du Chan utilisés par Paegun.
L’intérêt du contenu du Jikji
« Puis-je entendre la Vérité certifiée du dharma des bouddhas ?
― La Vérité certifiée des bouddhas ne s’obtient pas des autres.
― Mon esprit n’est pas apaisé. Pourriez-vous me l’apaiser ?
― Apporte-moi ton esprit et je l’apaiserai.
― Je l’ai cherché, mais ne l’ai absolument pas trouvé.
― Je viens donc d’apaiser ton esprit. »
L’intérêt du Jikji réside dans l’originalité du choix et de l’agencement des propos des maîtres Chan et de divers autres écrits de la tradition. À ce titre, il constitue une synthèse originale et cohérente, reflet supposé de la conception du Sŏn et de sa pratique par Paegun. En l’occurrence, Blanc-Nuage a largement puisé dans deux immenses collections, respectivement chinoise et coréenne : les Annales de transmission de la Lampe de l’ère Jingde (1004) et l’Édition assemblée d’Hymnes choisis et des propos et hymnes choisis de l’école du Sŏn (ca. 1245), collection de kong’an2 servant de support à la méditation par « l’observation des paroles des maîtres », kanhwasòn.
© Bibliothèque nationale de France
Le Jikji
La structure du Jikji
Paegun présente les propos des maîtres Chan de manière à en souligner l’essentiel, « la pointe ». Il les insère dans une série de lignées spirituelles, reconstituant ainsi une véritable généalogie du Chan : les sept bouddhas du passé, les vingt-huit patriarches de l’Inde et plus d’une centaine de maîtres de Chine, du 6e s. jusqu’au début du 14e siècle. De plus, le Jikji contient une grande diversité de genres littéraires bouddhiques : chants, hymnes et éloges, extraits de soutras et de traités, correspondance d’un religieux avec sa mère et autres exhortations. Au total, le Jikji offre une vision panoramique des enseignements du Chan tels qu’ils étaient conçus et disponibles dans le dernier quart du 14e siècle dans la Corée du Koryŏ (高麗, 918-1392).
Les différentes techniques d’impression à la fin du 14e siècle
En raison de sa valeur et pour rendre hommage à son auteur, les disciples de Paegun cherchèrent à diffuser le Jikji après le décès de leur maître. Grâce au soutien généreux de la religieuse donatrice Myodŏk (妙德, ?- ca. 1380), ils recoururent aux techniques d’imprimerie en usage depuis plusieurs siècles dans la péninsule coréenne : la gravure sur bois ou xylographie, la plus ancienne – depuis au moins le 8e s. – et la typographie métallique – mentionnée dans les textes dès la première moitié du 13e s. – dite des « caractères (mobiles) fondus » chuja 鑄字. Mais nous ignorons la technique de fonte qui fut utilisée : moulage à la cire perdue ou au sable. Les deux chantiers auraient commencé à la même période mais la typographie étant plus rapide, l’édition en caractères métalliques mobiles 金屬活字 fut achevée dès le 7e mois lunaire de 1377, un an avant l’édition xylographique.
« Le plus ancien livre coréen imprimé connu avec date : 1377 »
Peu d’exemplaires des deux éditions imprimées du Jikji sont parvenus jusqu’à nous. De l’édition typographique de 1377, il n’a été conservé que le second « rouleau », acquis dans les années 1890 par un diplomate orientaliste français, Victor Collin de Plancy (1853-1922), mandaté pour représenter la France à Séoul après la conclusion du premier traité d’amitié et de commerce conclu avec le royaume du Chosŏn (1392-1897) en 1886. Bibliophile, Collin de Plancy recherchait des éditions anciennes pour constituer une collection. Il lança un projet ambitieux et inédit de publication d’une bibliographie coréenne. Le diplomate acquit le second rouleau du Jikji et fit faire une couverture sur laquelle il nota : « Le plus ancien livre coréen imprimé connu en caractères fondus, avec date : 1377 ».

Le Jikji : couverture de l’édition typographique de 1377
La couverture de l’édition typographique de 1377 de l’exemplaire actuellement conservé à la BnF aurait été fabriquée à la fin du XIXe siècle à l’initiative de Collin de Plancy après qu’il eut acquis l’ouvrage pour sa collection personnelle dans les années 1890 (entre 1888 et 1899), afin d’en assurer une meilleure conservation. Il est vraisemblable qu’il acheta un volume qui était dépourvu de sa couverture et de son premier folio (l’exemplaire commence en effet à partir du folio 2). La couverture est titrée à l’encre noire en reprenant l’abréviation Jikji que l’on retrouve au niveau du « cœur de planche » des folios. La couverture comporte de nombreuses cotes qui reflètent l’histoire de l’objet depuis les années 1890 (voir le détail ici). Les motifs en relief de la couverture sont caractéristiques de la fin du 18e siècle. Ordinairement, les motifs étaient choisis en fonction du contenu de l’ouvrage. Le livre est relié par une couture au fil rouge à cinq points, technique spécifiquement coréenne.La célèbre note manuscrite de l’écriture de Collin de Plancy couchée sur la couverture (« Le plus ancien livre coréen imprimé connu… ») atteste que le diplomate collectionneur de livres anciens avait pris conscience de la valeur historique du Jikji.
« Traits édifiants des Patriarches » est la traduction du titre du Jikji par Victor Collin de Plancy, qui fut reprise et complétée dans le Supplément à la Bibliographie coréenne de 1901 (n°3738) compilé par Maurice Courant. La traduction revêt un caractère plus littéraire que religieux. Le terme « trait » y signifie, en rhétorique, une « pointe dépourvue de préciosité ». La traduction française intégrale du Jikji de 2022 précise la teneur complète du titre : « Compilation par le Révérend Paegun d’extraits essentiels de la montrance directe du substrat de l’esprit par les bouddhas et les patriarches ».
Bibliothèque nationale de France
Bibliothèque nationale de France

Le Jikji : couverture de l’édition xylographique de 1378
Cette couverture est moderne (20e siècle). C’est celle de l’édition imprimée xylographique du Jikji de 1378, conservée à Séoul dans les fonds du Kyujanggak (sur le site de l’Université Nationale de Séoul), reproduisant dans un cartouche le titre complet du Jikji en quatorze caractères (白雲和尙抄錄佛祖直指心體要節), sur un fond de motifs floraux et croisillons.
En corée, le titre de l’ouvrage est abrégé non pas en Jikji mais en Simyo (心要), d’après deux autres caractères du titre.
© Bibliothèque nationale de Corée
© Bibliothèque nationale de Corée
Collin de Plancy avait réalisé que l’objet précédait la Bible de Gutenberg (ca. 1450) de plusieurs décennies dans la technique de l’imprimerie typographique sur métal. À la fin de l’ouvrage, le lieu de fonte des caractères est indiqué : le monastère de Hŭngdŏk dans la circonscription de la préfecture de Ch’ŏngju (prov. du Ch’ungch’ŏng du Nord).
L’édition xylographique de 1378 : l’édition de référence
L’édition xylographique de 1378 est parvenue jusqu’à nous en quelques exemplaires complets. Ses planches de bois gravées furent conservées au monastère de Ch’wi’am (à Yŏju, dans l’actuelle province du Kyŏnggi), lieu de décès de Paegun, mais sont aujourd’hui perdues. Les exemplaires les mieux conservés se trouvent aux archives du Changsŏgak à l’Académie des Études coréennes (AKS) située à Sŏngnam, ainsi qu’à la Bibliothèque nationale de Corée (BnC) à Séoul. L’exemplaire du Changsŏgak est inscrit au patrimoine national (Trésor pomul n°1132), et son titre est abrégé – non pas en Jikji – mais en Simyo (心要, deux autres caractères du titre). Les préfaces et postface de ces éditions nous livrent de précieuses informations sur la motivation de Paegun et le contexte de sa rédaction, ainsi que sur la biographie du compilateur. Comparée à l’édition typographique de 1377, qui présente des imperfections, celle de 1378 est une belle édition de référence, destinée à être archivée et immédiatement réutilisable.

Le Jikji, ou Simyo (心要), édition xylographique de 1378 : début de la préface de Sŏng Sadal, à gauche
Première courte biographie de Paegun : « Il y eut un maître de Sŏn dont le nom taboué était Kyŏnghan, et le titre, Paegun, originaire de Kobu [de la province] du Chŏlla. Tôt, il fut lauréat du concours [de recrutement des fonctionnaires], puis changea d’orientation et se retira dans la montagne où il pratiqua l’essentiel des enseignements de manière exclusive. Parvenu à la profondeur de sa conviction, il se rendit dans les deux circuits de la province [chinoise] du Zhejiang en quête du sceau d’autorisation [d’un maître Chan]. »
© The Jangseogak Archives / Archives du Changsŏgak, Académie des Études coréennes (AKS), Sŏngnam, Corée
© The Jangseogak Archives / Archives du Changsŏgak, Académie des Études coréennes (AKS), Sŏngnam, Corée

Le Jikji, ou Simyo (心要), édition xylographique de 1378 : fin de la préface de Sŏng Sadal, à droite
Préface de Sŏng Sadal
« Il y eut un maître de Sŏn dont le nom taboué était Kyŏnghan, et le titre, Paegun, originaire de Kobu [de la province] du Chŏlla. Tôt, il fut lauréat du concours [de recrutement des fonctionnaires], puis changea d’orientation et se retira dans la montagne où il pratiqua l’essentiel des enseignements de manière exclusive. Parvenu à la profondeur de sa conviction, il se rendit dans les deux circuits de la province [chinoise] du Zhejiang en quête du sceau d’autorisation [d’un maître Chan].
L’excellence acquise, peut-on s’y opposer ? Le maître [Sŏk]ch’an me fit la demande [de perpétuer sa mémoire]. Aussi en piètres mots, calligraphiai-je le début du livre.
L’an sept de l’ère de Sŏn’gwang, l’année chŏng-sa [1377], un jour de la 3e lune, préface et calligraphie de Sŏng Sadal, Sujet méritant de la Promotion de la Loyauté et Assistant du Principe, Grand auxilliaire de premier degré, Prince de Ch’angsan. »
Extrait du Jikji, traduit par Yannick Bruneton, 2022
© The Jangseogak Archives / Archives du Changsŏgak, Académie des Études coréennes (AKS), Sŏngnam, Corée
© The Jangseogak Archives / Archives du Changsŏgak, Académie des Études coréennes (AKS), Sŏngnam, Corée
Une diffusion contrariée par la répression du bouddhisme

Ruines du monastère de Ch’wi’am (14e s.) dans la province du Kyŏnggi
Textes divers
156.8. Non-dualité de la vie et de la mort
Les dharmas du monde sont comme illusionnismes,
Vie et mort sont comme tonnerre et éclair.
Le corps du Dharma est libre et communique partout :
Il entre et sort dans montagnes et fleuves, sans distinction.
Absurdités et illusions sont originellement vides,
La Suprême sagesse prajñā est sans égarement ni désordre.
Les Trois poisons fondamentalement se libèrent d’eux-mêmes,
À quoi bon recueillir ses pensées et contempler [la réalité] par le Dhyāna ?
Seules, par l’ignorant qui n’a pas tout saisi,
Sont suivies les règles d’autrui qui le détermine à cesser [l’illusion].
Ne comprenant pas la vérité absolue de la tranquillité,
Quand parviendra-t-il à monter sur l’autre rive [du nirvana] ?
Le sage n’a pas de mal à faire cesser [les tourments mentaux],
Il agit selon I’union ou la dispersion de son esprit.
La nature du Dharma est originellement vide et tranquille,
Elle n’est pas entravée par la vie et la mort.
Celui qui veut faire cesser les tourments mentaux,
Celui-là est un idiot [tombé] dans l’ignorance.
Tourments mentaux sont bodhi :
À quoi bon les distinguer et rechercher contemplation en Dhyāna ?
En vérité, il n’est ni Bouddha ni Māra,
Le substrat de l’esprit est sans forme ni rupture.
Extrait du Jikji, traduit par Yannick Bruneton, 2022
© Lee, Seungcheol
© Lee, Seungcheol
La reconnaissance internationale du Jikji en 1900, 1972 et en 2001
Après l’acquisition du Jikji par Collin de Plancy, l’objet fut exposé dans le pavillon coréen de l’Exposition universelle de Paris en 1900. Toutefois, l’écho médiatique de l’exposition se limita à un cercle restreint de spécialistes, alors que le Chosŏn (1392-1897), qui s’était nouvellement autoproclamé Empire des Han (1897-1910), était sous la menace de la politique expansionniste de l’Empire du Japon. De fait, l’Empire de Corée devint protectorat du Japon en 1905, puis fut annexé entre 1910 et 1945. Cette période de colonisation de la Corée provoqua l’arrêt des échanges avec l’Europe et la France. Le Jikji tomba dans l’oubli.
En 1911, Collin de Plancy vendit aux enchères à Drouot sa collection de livres et d’objets anciens d’Asie Orientale. Le Jikji y fut acquis pour 180 francs par le joailler Henri Vever (1854-1942). Conformément à ses dernières volontés, ses descendants firent don de l’ouvrage en 1950 à la Bibliothèque nationale de France, où il est conservé depuis.

Registre des dons de la Bibliothèque nationale de France, 1948-1965
Patriarches et maîtres de Chine
78. Wuzhu interrogé par le conseiller d’État Du
Comme le conseiller d’État Du lui demandait : « Votre disciple a appris que vous, Révérend, enseigniez le Dharma en trois formules : “ne pas mémoriser, ne pas penser et ne pas avoir d’idées illusoires”, est-ce vrai ? » le Révérend Wuzhu répondit :
« C’est vrai, en effet.
― Ces trois formules sont-elles une ou trois ?
― “Ne pas mémoriser” est ce que l’on entend par “préceptes [moraux]” ; “ne pas penser” est ce que l’on entend par “concentration” ; “ne pas avoir d’idées illusoires” est ce que l’on entend par “la sagesse”. Si une pensée n’est pas formée, c’est que préceptes, concentration et sagesse sont pourvus : ils ne sont ni un ni trois.
― Y a-t-il une preuve ?
― Le Soutra des Sentences du Dharma dit : “Susciter l’esprit de perfectionnement de l’ascèse est illusion et non perfectionnement. Si l’esprit est capable de ne pas construire l’illusion, le perfectionnement est sans limite.” »
Quand le conseiller entendit la réponse [du maître], ses doutes se dissipèrent d’un coup.
Extrait du Jikji, traduit par Yannick Bruneton, 2022
Bibliothèque nationale de France
Bibliothèque nationale de France
En 1972, l’ouvrage fut à nouveau présenté dans l’exposition organisée par la BnF sur le Livre à l’occasion de la première édition de l’Année internationale du Livre de L’UNESCO, et fut largement médiatisé en Corée du Sud. Le Jikji acquit dès lors une renommée internationale en tant que prouesse technique et fut surtout étudié du point de vue de l’histoire de l’imprimerie, alors que son contenu demeure peu connu. En 2001, le Jikji typographique a été inscrit au Registre international Mémoire du Monde de l’UNESCO. Depuis 2004, il existe même un « Prix UNESCO / Jikji Mémoire du monde » pour récompenser les initiatives de préservation et de mise en accès du patrimoine documentaire dans le monde.
L’exemplaire du Jikji conservé à la BnF

Le Jikji, édition typographique de 1377
Patriarches et maîtres de Chine
71. Liangshan Yuanguan interrogé par Dayang Yan
Comme Dayang Yan lui demandait: « Quelle est “l’aire de la Voie de l’absence d’apparence” ? », le maître de Chan Liangshan Yuanguan, montrant du doigt une image de Guanyin, lui répondit : « C’est une peinture du lettré retiré Wu [Daozi]. » Comme [Dayang] Yan s’apprêtait à lui répondre, le maitre reprit brusquement : « Cette image a-t-elle une apparence ? Quelle est celle sans apparence ? » À ces mots, [Dayang] Yan eut un éclaircissement et le salua en se prosternant. Ensuite, il retourna à sa position première. Le maître lui demanda :
« Pourquoi ne dis-tu mot ?
― Parler, je ne le refuse pas, mais je crains que cela soit ensuite couché sur le papier. »
Le maître rit de bon cœur et dit : « Ce que tu viens de dire sera inscrit dans la pierre ! »
Par la suite en effet ces mots furent gravés sur stèle.
Extrait du Jikji, traduit par Yannick Bruneton, 2022
(autre page que celles présentées ici)
Bibliothèque nationale de France
Bibliothèque nationale de France
« Les gens ordinaires sont nombreux à penser que l’objet [de perception sensorielle] fait obstacle à l’esprit et que les choses [conditionnées] entravent le Principe ; aussi veulent-ils toujours s’échapper des objets pour tranquilliser l’esprit, et chasser les choses [fabriquées] pour préserver le Principe. Ils ne savent pas que, justement, l’esprit fait obstacle aux objets et que le Principe fait obstacle aux choses. Il suffit de faire en sorte que l’esprit soit vide pour que, spontanément, les objets soient vides ; que les principes s’apaisent pour que les choses s’apaisent d’elles-mêmes. Ne prenez pas le problème à l’envers ! »
© Gédéon Programmes - Umax/Film Média - Korea Cultural Heritage Foundation - KCA - 2020
Jikji, un voyage dans le temps de l’écrit
Provenance
Cet article a été conçu dans le cadre de l’exposition « Imprimer ! » présentée à la Bibliothèque nationale de France du 12 avril au 16 juillet 2023
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